Le réveil sonne, putain déjà. Je me lève assez rapidement, c’est inhabituel. Direction la douche, elle est chaude, pour une fois que ces connards de voisins ont pas tout pompé. Un petit déjeuner symbolique, une clope, je décolle.
C’est bien calme ce matin, ça fait plaisir, je serai pas obligé de m’envoyer de la musique d’animal pour couvrir les bruits de la rue. C’est vide. Merde on serait pas un jour férié ? Ça m’est déjà arrivé cette connerie, tu te lèves, tu arrives au taff, tout est fermé, t’es le seul débile qui s’est levé alors que les autres roupillent encore paisiblement. Je vérifie sur mon téléphone, non, il me semble pas que le 3 octobre soit un jour de glande offert par l’état. C’est curieux quand même, pas une seule bagnole, pas un seul bus ne circule, tous les magasins sont fermés, même le pakistanais à le rideau baissé, c’est super louche.
J’arrive devant l’immeuble de la boite, la porte est ouverte, ça me rassure dans un sens, ça élimine l’hypothèse du jour férié. Je monte les escaliers, toujours ce silence. Personne dans l’open-space, je m’assieds, j’allume mon ordinateur, finalement c’est pas plus mal, d’habitude les gens me cassent les couilles, là je suis seul au monde, je vais pas m’en plaindre. C’est parti, je check mes emails. Si internet fonctionne, tout fonctionne. Un mail du boss, alors que veut il : « Ne viens pas demain, on a un soucis ici. ». Ouais, t’es gentil, mais le téléphone ça existe, pourquoi tu m’as pas appelé pour me le dire, je suis là maintenant. Je vais voir dans son bureau si il y est. Je sors de la pièce et emprunte le couloir. Du sang. Merde c’est quoi ce bordel. Y’a une trainé de sang tout le long du couloir, elle mène directement au bureau du patron, elle passe sous la porte. Je frappe : « Benoit, vous êtes là ? Tout va bien ? ». Pas de réponse. C’est fermé à clé. Je la défoncerai bien, mais ce serait retiré de ma paie.
Je retourne à mon poste un peu hagard, je comprends pas ce qu’il se passe. C’est sans doute rien, la femme de ménage nettoiera tout ça. Je mets mon casque sur les oreilles, un peu de musique planante. Je me remets au boulot.
Il est midi, j’ai faim. J’espère que je vais trouver quelque chose. Je sors. J’aperçois une femme au loin, elle est en plein milieu de la rue, toujours déserte, elle est totalement bourrée, elle boite et gueule des sons totalement incompréhensibles, je vais l’éviter, même si c’est le seul être humain que je croise de la journée j’ai pas envie de me battre non plus. Tiens, une petite échoppe ouverte, personne au comptoir, je prends un casse dalle à 6 euros, les chiens, je laisse l’argent sur la caisse et je retourne au boulot. Je passe devant un bar, la vitrine a été cassée, y’a du sang partout devant, le gars a dû morfler.
Juste avant de passer la porte d’entrée un chien me rase en courant à toute vitesse, il tiens quelque chose dans sa gueule, je n’arrive pas bien à identifier ce que c’est, ça ressemble à un gros bout de viande, l’enfoiré, il va se gaver, moi et mon petit sandwich je fais pas le poids.
Je continue ma journée, y’a toujours personne au bureau, tampis pour eux, moi demain je serais pénard, j’aurais avancé sur mes projets et eux seront en galère.
Arrive la fin de la journée, je rentre, pas plus de monde dans les rues, je croise à nouveau la femme de tout à l’heure, elle a avancé de 50 mètres, elle en tiens une bonne couche, elle essaye de me parler, mais je ne saisis pas, une sorte de grognement sans syllabes. Elle s’approche encore et je remarque qu’il lui manque un doigt, elle ne saigne pas, ses yeux son noirs, elle est effrayante. Je fouille dans mes poches et en sort 2 euros, je les pose sur le trottoir, lui fait un sourire et m’en vais.
Cette journée était étrange. Je suis fatigué, carrément claqué. Ça va pas trainer, je mange, je regarde la télé et je vais me coucher, parce que là je suis un zombie.
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