J’ai un monstre diabolique en moi. Il est tenace, insatiable. Impossible de le taire, il est là, à chaque instant. J’ai essayé de le dompter, mais d’un moment à l’autre il peut reprendre le dessus. Depuis le temps qu’il est en moi je pensais pouvoir vivre avec et le rendre inoffensif, inactif, l’endormir. Rien à faire, il ne souhaite pas s’en aller. A force je me suis dit qu’il fallait bien admettre qu’il serait toujours en moi, inutile de me battre, autant me jeter par la fenêtre.
Ce monstre, mon monstre, n’est autre que la passion, aussi banal que cela puisse être, la passion, l’amour ou le béguin, appelez le comme vous le voudrez, provoque en moi un état d’addiction. J’ai connu les drogues sous toutes leurs formes, elle m’ont toutes rendu accro, pourtant je les ai toutes vaincues, une à une, elles ne m’avaient apporté que perte de temps, perte d’argent, perte de repère, enlevé l’envie, l’espoir, jusqu’au jour où elles ont bien failli me tuer. J’ai survécu, non sans dégâts et cicatrices, mais je suis toujours debout, je respire encore.
Je suis en manque, la bête veut, elle réclame, elle exige. Alors je vais prendre l’air, je pars dans n’importe quelle direction, à gauche, à droite, j’essaye de ne plus réfléchir. J’avance, je progresse, je fuis son souffle. Mais l’animal est malin, il guide mes pas et me dirige tout droit chez toi, avant que je m’en rendre compte je suis devant ta porte, le doigt sur la sonnette, prêt à appuyer. Je me gifle, et me mets à courir dans le sens opposé, je cours me réfugier dans un parc, je m’allonge dans le gazon, je tente de me relaxer, j’inspire les centimètres cube comme si l’air était devenue rare.
Mon cœur reprend un rythme tolérable, je me relève et décide de rentrer et m’enfermer pour ne plus me faire manipuler.
Je fais le code, je pousse la porte, croise le pakistanais du 4ème étage, je gravis les 30 marches jusqu’à ma porte. J’entre dans mon sanctuaire.
Je m’écroule sur le canapé, je fonds en larme.
Le téléphone sonne, c’est toi. Mon corps se détend, mes veines se dégonflent, mes jambes se stabilisent, mon cœur danse dans ma poitrine, il danse paisiblement maintenant. Mes larmes sèchent. Ce diable m’a encore vaincu, mais pour cette instant de bonheur qu’est d’entendre ta voix, je veux bien être damné pour l’éternité.
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