Tu l’as vu te sourire

Quatre plombs du matin, on est mercredi, ou peut être bien dimanche, tu ne sais plus vraiment, tu viens de te réveiller en sursaut, encore un de ces putains de cauchemars qui te torture littéralement au plus profond de ton âme, du genre réaliste, du genre à y croire, du genre où finalement c’est d’ouvrir les yeux qui fait mal, parce que tu te rends compte brutalement que tu es toujours dans un mauvais rêve, mais celui ci existe vraiment, c’est ta vie, ton quotidien, qui perd de l’intérêt de jour en jour. Alors tu t’assois dans ton lit, tu reprends ta respiration, tu te rassures durant de longues minutes. Tu sais que demain, après avoir difficilement réussi à te rendormir, tu y penseras encore, ces images vont te suivre toute la sainte journée, comme un sac trop lourd sur tes épaules. Tu t’allonges, tu penses, tu gamberges, tu te retournes un million de fois, les heures passent, galopent, et toi tu stagnes. Tu sais ce qui te soulagerait, tu sais ce qu’il te faudrait pour que tout aille mieux, mais là, tout de suite, qui voudra bien t’écouter pleurnicher sur ton sort. Personne. Les gens normaux dorment à cette heure ci. Et tu ne souhaites pas déranger ceux qui t’ont proposé de te soutenir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Pourtant tu as besoin de parler, c’est vital.
Le réveil sonne. Ce traitre ne se pose pas de questions lui, il est réglé à huit heure, et que tu passes une bonne ou une mauvaise nuit, il s’en tamponne considérablement les circuits imprimés, quand c’est l’heure c’est l’heure. Au passage tu te rends compte que l’on est pas dimanche et que ce sac trop lourd tu vas devoir le porter au travail.
Tu te lèves péniblement, tu enfiles tes fringues sans même regarder se qui pourrait bien aller ensemble, peut importe, vu ta gueule, pas la peine de te soucier de ce qui va le mieux à ton teint blafard. Tu parcours les trois mètres jusqu’à la cuisine, tu te réchauffes un vieux café de la veille, tu poses ton cul sur le canapé, tu t’allumes une clope, il pleut.
Tu décides de lui écrire, tu en as besoin, tu sais que c’est pas forcement la meilleur idée, pour toi comme pour elle, mais tu sais que si tu ne le fait pas ça sera encore pire. Depuis quelques semaines tu avais réussi à ne plus l’a solliciter, tu t’étais presque fait une raison, tu t’étais quasiment résigné, tu te motivais en te disant que de ne plus lui parler serait probablement la meilleur des solutions, mais elle te manques, elle le sais déja, tu lui as tellement dis par le passé, elle s’en rappelle certainement, mais tu dois lui dire, c’est ta manière à toi de ne pas disparaitre complétement. Alors tu te raisonnes une dernière fois, sans succès, aujourd’hui c’est trop, tu craques et tu appuies sur le bouton, tu l’envoies ce fichu e-mail qui reste en brouillon depuis des semaines.
Pendant les secondes qui suivent tu passes par une multitude d’états passagers, la colère, car tu n’es pas capable de tenir un jour de plus, la peur, et si elle répondait, pire, et si elle ne répondait pas, l’espoir, et si ça lui faisait plaisir, la tristesse, et si elle ne le lisait pas, la honte, que vont penser ceux qui ont tenté de t’aider jusqu’à aujourd’hui. C’est trop tard maintenant, la bouteille est lancée.
Ce besoin d’exister dans sa pensée, cette envie qu’elle s’adresse à nouveau à toi, ce rêve que tu as fait cette nuit, où tu l’as vu te sourire, heureuse.
Et si cela lui faisait plaisir.

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