Viens par ici, je vais te dire une chose. Tu sais, la vie est un mouvement perpétuel, une succession d’événements qui bouts à bouts construisent une existence. Bonne ou mauvaise, riche ou pauvre, épanouissante ou ennuyeuse à mourir, c’est comme ça. A 30 ans, tu en es à un moment de ta vie où tu es tiraillé entre le présent et les souvenirs de tes 20 ans. Ces dix dernières années qui te paraissent être les meilleurs que tu n’ai jamais vécus, cette période où tout est insouciance, prises de risque maximum, instinct pure. Tu t’imagines que tu as l’age de faire tout ce que tu veux, et quand bien même, les rides peuvent bien venir, tu t’en fous car tu as encore le temps de les voir débarquer. Tu fais pleins de projets irréalisables, mais tu es persuadé que tout est possible. A 20 ans, on ne connait pas la nostalgie, on ignore les regrets, on refuse d’être guidé, on ne désire qu’une chose, dévorer le quotidien.
Puis viennent les responsabilités, tu sors de la scolarité, tu rentres violemment dans la vie active, on te propulse adulte et tu te prends tout ça en pleine gueule, sans l’avoir demandé à personne. Tu rentres dans le rang, tu rejoins les autres, tu commences une nouvelle étape de ta vie, peut être la plus importante, celle qui fera de toi un être épanouit ou frustré. Celle qui te fera le plus douter aussi, tu commenceras à perdre tes illusions, tu te rendras compte que tout ça c’est pas se qu’on t’as appris à l’école.
Ensuite vient la routine, tu auras travaillé suffisamment pour que cela devienne un repère dans ton quotidien, le centre de ton emploi du temps, tout tournera autour de ton travail, car tu y passes les trois quarts de ta vie. C’est là que le virage va arriver, sans crier gare, aucun son ne retentira, aucune cloche d’alarme, un simple panneau « 30 ans » va apparaitre et il faudra que tu tiennes le cap, il ne faudra pas fléchir, car tu vas te rendre compte que tu n’aura pas accomplis le dixième de tes projets. Que toutes ces années seront passées tellement vite que tu n’aura fait que prévoir, projeter, croire, attendre, mais rien concrétiser. Alors tu me diras que tu l’aura réalisé ton rêve de gosse, tu l’auras acheté ta vieille moto, celle que tu avais accroché dans la chambre de tes 13 ans, et oui, tu aura pris l’avion et foulé le sable du désert comme tu imaginais le faire gamin en voyant les documentaires à la télévision avec ton père. Oui, tu auras fait des choses, mais pas celles qui te rendrons sage, apaisé, solide, prêt à la suite du mouvement.
A ce stade, certains craquent, d’autres se battront jusqu’à l’épuisement, tu en verras même qui ne ressentirons rien de différent, ouais, la vie est injuste, y’a des enfoirés qui ont un destin pénard, sans accros, mais est ce bien de cela dont tu as envie ? D’une douce mélodie, lisse, sans fausses notes ? Moi je préfère de loin avoir une vie avec des épreuves qui te grandissent, des défis à relever, des pains dans la tronche, car au finale c’est ça qui te rend vivant.
Personne ne t’a demandé d’être le plus fort, il y’a pas de remise de diplôme du meilleur trentenaire, la seule récompense que tu puisses espérer, elle viendra de ton bien être, de ta capacité à te dire que tu n’as qu’une seule chance sur cette planète de merde, que si tu te laisses abattre, les autres marcherons sur ton cadavre encore chaud pour parvenir à leur béatitude, et ils auront raison dans un sens, car il faut avancer, être altruiste et égoïste à la fois, ne penser qu’à soi, mais faire attention de ne pas piétiné le corps du voisin, c’est pas parce que la plupart des gens sont des animaux qu’il faut les imiter, l’imitation c’est le refus de soit même.
Le reste n’est qu’un cours de natation, parce que le monde se divise en deux parties, ceux qui apprennent à nager en tenant la perche et ceux qui refusent de la voir. Soit tu y arrives seul, au risque de te noyer, soit tu acceptes d’être aidé et tu apprendras plus vite, mais comme tout cela n’est pas fait pour être simple, tu peux tout aussi bien te noyer dans les bras du maitre nageur, car celui ci était un piège, un mirage à éviter ! Tout est une question de choix.
Aller, souffles tes bougies maintenant fiston, j’ai la dalle.
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