Petit Louis a 6 ans, il aime courir dans le jardin de son grand père. Il y passe toutes ses vacances, chaque année. Il y fait de la balançoire, sur laquelle son père s’amusait déjà à son age. Il joue avec le chien du voisin, un vieux clébard tout crasseux et à moitié aveugle. Il observe sa grand mère faire des confitures, il est particulièrement attentif quand vient le tour de celle aux myrtilles, sa préféré parce que ça donne la langue toute violette. Parfois il va au ruisseau, un peu plus haut dans la colline, il attrape des grenouilles avec son cousin qui vient aussi ici quand il n’y a pas école.
Émile a bientôt 15 ans, et lui commence à se lasser de ces montages, de cette tranquillité continue, il s’ennuie, il préférerai être avec ses copains de la ville. Bien qu’il soit petit, Louis en a conscience, alors il fait tout ce qu’il peut pour que ce grand dadais retrouve le goût des bêtises. Haut comme deux pommes il sait que l’enfance c’est le moment ou jamais où il faut en faire. Certains diront qu’il est doué en la matière. Sa spécialité, mettre des crottes de chien dans un papier journal, poser le tout devant la porte d’un voisin, y mettre le feu puis sonner, se cacher derrière les buissons et attendre que le pauvre saute dessus à pieds joints et éclabousse son pantalon de déjection canine.
Chaque année on lui fait le coup, chaque année l’homme tombe dans le panneau, à croire qu’il est assez bête pour le mériter.
Cette année Louis voudrait se surpasser, il prend Émile comme complice et lui propose d’aller repeindre les poules de la vieille qui vit en contrebas. Il va dans le garage de son grand père, trouve une bombe de peinture violette, la met dans son petit sac à dos. Tous les deux partent bien fiers de leur trouvaille. Arrivés sur place, ils escaladent la clôture, c’est pas facile pour petit Louis, mais il y parvient. La dame âgée est sans doute en train de regarder le journal de TF1, la voie est libre. Ils prennent les poules une à une et leur badigeonnent le croupion en violet. Une fois leur farce effectué, ils s’en vont et attendent un peu, cachés. Les poules ne réagissent pas, aucun bruit, aucune agitation de leurs part, il ne faudrait pas qu’elles fassent rater le canular. L’ainé des deux prends les choses en mains et décide de lancer une pierre sur la façade de la ferme. Ca fonctionne. La vieille dame sort et voit ses poules le cul tout coloré. Elle se mets à crier, horrifiée par ce spectacle. Elle ne comprends pas, soudain elle entends une branche craquer et des rires d’enfants qui s’éloignent. Les deux acolytes ont réussi leur blague, ils cavalent pour ne pas se faire coincer.
De retour dans le jardin, essoufflés par ce sprint, ils s’effondrent dans l’herbe que leur papy vient de tondre. Il rient. Personne ne saura que c’est eux, ça les rendent encore plus hilares. Ils s’imaginent déjà recommencer avec les cochons du vieux fou qui crèche près de l’église.
Ce soir c’est le dernier diner ensemble, demain petit Louis rentre chez ses parents, il repend la classe dans 2 jours. Il mange les tomates du jardin, il écoute les histoires de son grand père avec attention, il prends tout ce qu’il peut avant que se soit fini, il profite de chaque minute.
Arrive l’heure du départ, les vacances sont finis, petit Louis embrasse ses grands parents, il monte dans la voiture de son père, ferme la porte. Il ouvre la fenêtre pour envoyer quelques baisers à ses chers aïeuls, la voiture s’éloigne lentement du portail, le jardin disparait petit à petit. Il ne pleure pas car il sais que dans un an il pourra à nouveau faire de la balançoire.
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