Un moment au square

Pourquoi ce chien tire autant sur la laisse, c’est stupide, il sait même pas où on va, en plus il s’étrangle cet abruti. Y’a rien à faire il changera jamais. Y’a que moi qui connais notre destination. On va au square, là où l’herbe fraichement tondue va bientôt connaitre les matières odorantes du monstre quadrupède. A 100 mètres de l’objectif, l’animal comprend et tire de plus belle. Pas de voitures à l’horizon, l’aire est tranquille, je le lâche. Vas-y l’ami, amuse toi avec tes congénères, je vais aller me fumer des clopes sur un banc.
L’endroit est rempli de familles monoparentales, des pères et des mères célibataires accompagnants leur rejeton, un vrai club matrimonial qui convient à tout le monde. Le papa cherche un cul à palper et éventuellement à consommer, et maman cherche le prince charmant qui l’aimera pour sa personnalité et qui la baisera le samedi soir après le talkshow de TF1. Pendant tout ce temps les bambins s’amusent et certains apprennent la gravité en se défonçant les genoux sur le gravier brulant.
J’ai aucun souvenir de ça moi, mes parents m’ont jamais amené dans des squares ou autres espaces de jeux. A vrai dire je me rappelle de peu de choses de mon enfance, y’a comme un trou dans le continuum espace temps. Je crois avoir pris des raclées, certainement méritées, puis j’ai divorcé de mes parents. Je me suis remarié avec des paradis artificiels, j’ai eu beaucoup de maitresses, chimiques et naturelles. Puis je me suis réveillé, toutes ces putes m’avaient trompé, elles m’avaient menti, dupé, projeté contre un mur, tous mes os se sont brisés. J’ai ouvert les yeux, 5 ou 6 années s’étaient écoulées. Mon père était parti, loin, il n’en reviendrait jamais. J’ai pas connu mon père. Je crois qu’il a essayé de m’embarquer pour aller pêcher mais je n’étais pas là, ça a dû lui briser le cœur. Je ne le saurai jamais. Il est loin et il n’en reviendra pas.
Le soleil tape fort aujourd’hui, j’appelle le chien et on rentre. J’ai besoin d’une aspirine.

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Les rêves c’est pour les enfants

Je me couche enfin, je glisse sous les draps, cette journée de merde vient de se finir, on verra demain, ce sera peut être plus vivable.
Tu arriveras à te lever d’un pied et courir jusqu’aux chiottes pour pisser en sifflotant un air de Sinatra. Ça sera bien, et puis après tu sortiras le chien, il fera ses petites affaires rapidement. Tu pourras déjeuner tranquillement en écoutant un peu de musique et en bonus tu arriveras à l’heure au boulot. Tous tes collègues seront contents de te voir, ils te demanderont comment tu vas, comment s’est passée ta soirée. Tes clients te diront merci pour ton implication dans leurs projets hautement stratégiques, ils te diront à quelle point ils t’apprécient. Puis ce sera l’heure de déjeuner, tu iras dans ta petite supérette de quartier, là où ils ont tes sandwichs préférés, tu sais ceux aux jambon-beurre, coupés en triangle, simples, sans goût et sans odeur, parfaits. A la caisse la damoiselle sera aimable et aura même un petit sourire à t’offrir. Tu auras même la surprise de gagner un stylo parce que tu auras été le centième péquin de la journée, un 5 couleurs spécial Pirates des Caraïbes 19, qui donne presque l’heure et ferait le café avec un peu d’imagination. Tu retourneras au bureau pour déguster ton repas d’écureuil, au passage tu brandiras ta magnifique récompense de client assidu, tes confrères en seront tous jaloux et se battront pour écrire leur nom dans tous les tons possibles. L’après-midi ne sera qu’une formalité, tu enchaineras les travaux qui réduiront le temps. 18h30, tel Marty Macfly tu chevaucheras ton overboard, et rentreras chez toi en saluant les gens bêtement, ils ne manqueront pas de te faire comprendre par leurs traits à quel point leur journée a été un long cauchemar. Tu passeras la soirée à lire les mails de tes amis. Tu appelleras ta mère et vous discuterez de physique quantique parce que c’est votre passion en commun. Tu regarderas un bon film en grignotant quelques Granolas. Tu iras te coucher en te disant que tout est encore possible avec elle. Tu seras heureux. Cette journée aura été parfaite.
J’éteins la lumière, lâche une caisse avec lassitude, un soupir et je m’endors.

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Déambulations nocturnes

Samedi, 22h34, il pleut, je sors.
Direction rue Saint Denis. J’aime bien cette rue, la rue des vieilles putes moches, des vitrines vides qui clignotent, et des camés qui boitent tous seuls noyés dans les eaux profondes de leur défonce. Si tu rentres dans une des boutiques c’est Disneyland au pays des bites géantes multi-fonctions, des gamines à moitié à poil qui sont payées pour te faire rêver, mais quand tu vois leur tronches t’as plus envie de leur payer leur billet de retour pour qu’elles retrouvent leurs familles chez elles, tellement la tristesse transpire par tous leurs pores.
Je continue mon chemin. Une ruelle, c’est joli mais ça pue la pisse, je prends une photo et j’avance, un dealer m’alpague, me propose de la came, le mec est tellement raide qu’il est incapable de me dire ce qu’il vend, je lui explique que je suis un évangéliste et que si il veut devenir un nouvel adorateur de notre seigneur Jésus Christ il peut se mettre ses petits sachets bien profond dans le cul. Le mec reste séché et avant que les premiers mots de ma phrase intègrent son pauvre cerveau endommagé par des années d’incendie, je suis déjà à 600 mètres.
J’arrive à la frontière de Sodome et Gomorrhe, une dernière fille de tristesse m’aborde, très délicatement elle me demande si je veux qu’elle me suce, je lui dis que je préférerais discuter, j’ai plus besoin de parler à quelqu’un que de me faire éponger. De quoi tu veux parler mon beau? D’un soupir je lui réponds: Ok, c’est combien la pipe?

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Missive perdue datée du 3 janvier 1921

Chère demoiselle,

C’est avec le plus grand plaisir que je vous imagine en train de lire ces lignes, interrogative. En effet nous nous sommes croisés il y a quelques jours au Grand Palais, à la sortie du spectacle de cet illusionniste de génie qu’est Monsieur Houdini. Il faisait froid et vous sembliez être gainée par la petite brise neigeuse, l’homme qui vous a appelé une calèche pour que vous puissiez vous y abriter, et bien n’est autre que votre serviteur. Je n’ai pu m’empêcher d’attendre le retour du véhicule afin de demander votre nom et votre adresse au conducteur. Vos longs cheveux, votre regard, votre allure m’ont touché profondément.

J’en oublie mes bonnes manières, je suis Tristan de la Croix, bien que âgé de 31 ans, je suis un ancien militaire à la retraite, titre donné à mon retour de la grande guerre où je fus appelé il y’a maintenant 5 ans. Je suis à présent musicien, pianiste dans un petit club à Pigalle. Il m’arrive aussi dans mes heures de loisirs d’être chasseur d’images.

Vous trouverez au dos de cette lettre l’adresse à laquelle je réside. Si vous désirez me répondre vous pourrez ainsi indiquer le chemin à l’employé des PTT que je guetterai chaque jour.

Veuillez accepter mes plus sincères amitiés.

Tristan de la Croix

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