C’est l’aube, l’instant où toute la nature reprend sa respiration, elle s’éveille à son rythme. La nuit et sa froideur l’on quelque peu engourdit, mais comme chaque matin aux premières lueurs du soleil, elle revit.
Assis au beau milieu de nulle part, j’observe les alentours, cette belle et ancienne forêt me tient dans ses branches, elle n’est que calme et bienveillance. Je n’ai rien à craindre en ce lieu, la tranquillité prend tout son sens.
J’entends au loin une brindille craquer, c’est sans doute un animal qui s’approche, je m’accroupis doucement dans l’herbe humide, je me dissimule derrière les cheveux d’une fougère. Je sens les pas de la bête, elle est proche à présent, elle doit être immense. Devant moi une petite clairière, recouverte de feuilles qui dorment encore, ça sent tellement bon la vie. La créature va apparaître d’un instant à l’autre, je décide de l’attendre ici.
La voila, elle monte sur scène, je suis aux premières loges. C’est un élan, grand, fort, d’une beauté majestueuse. Sa respiration est calme, ces mouvements gracieux. Il n’a pas remarqué ma présence. Je ne l’approcherai pas, je ne veux pas l’effrayer. Il frotte ses bois sur l’écorce d’un châtaignier, l’épaisseur du tronc laisse imaginer que l’arbre dois être centenaire, il crée une cathédrale végétale, accueillant son visiteur matinal. Le cervidé marque son territoire, c’est sa forêt.
Quel spectacle unique, et moi qui suis à quelques pas, j’ai presque honte de piétiner cette herbe, respirer cet air tellement il me paraît incroyable qu’une telle pureté puisse cohabiter avec l’homme. Cet être quasi divin ne se doute surement pas qu’à quelques kilomètres de là des cités sont érigées à la gloire de l’argent et la consommation de masse, non, il n’en a pas conscience, quelle chance. Ici tout est communion entre les espèces, toutes s’entraident, en bas tout est égoïsme et compétitivité.
Je décide de reculer, de m’éloigner doucement pour le laisser en paix, je ne veux pas déranger ce tableau.
Malgré moi, mon sac s’accroche à une branche. Un bruit. Il l’entends mais n’est pas effrayé, il lève sa tête fièrement, c’est à présent son tour de m’observer, nos regards se croisent, nous nous parlons sans mots, nous échangeons nos énergies. Je ne peux continuer plus longuement, cette créature a une telle aura que je ne veux pas lui tenir tête, par respect je me retire. Lentement, je lui dis au revoir et la remercie d’une révérence.
Je redescends le chemin que j’avais emprunté plus tôt, je monte dans ma voiture, je ne suis pas prêt à affronter cette journée de travail tant cette experience m’a bouleversée. Je me résigne à mettre le contact, j’enclenche une vitesse, je quitte ce lieu magique.
Sur la route une question ne cesse de me hanter. Entre elle et moi, qui est la bête sauvage ? Qui est l’animal ? Une chose est certaine, ce matin j’ai rencontré un roi.
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