Un homme est assis sur une chaise, dans le couloir d’un commissariat, il est menotté et gardé par deux hommes armés, c’est Gérard Lassale, dans le milieu on l’appelle Gégé les trois couilles, en rapport avec une malformation congénitale, d’autres pensent que ce surnom vient simplement du fait que c’est un fou furieux qu’il n’a peur de rien, tu peux l’attaquer avec un fusil à pompe, il sortira un bazooka. 30 ans de métier, autant de cavale, aujourd’hui il est foutu, il s’est fait coincer, le cadavre de trop.
Son allure innocente le rend encore plus terrifiant, le type a 50 ballets, en fait 35 et pourrait prétendre au concours du gendre parfait. Il entre dans la pièce, toise tous les policiers présents autour du bureau du commissaire. Il prend place. S’en suit les questions d’usage : nom, prénom, age, profession, situation familiale. Lassale refuse de répondre sans qu’on lui donne, avant toutes choses, une cigarette. Une jeune recrue lui en tend une, Lassale l’agrippe avec ses lèvres. Il tire une grande bouffée, remercie l’agent et lui fait un clin d’œil. Majax, Gérard, 51, charcutier, aucune, dit-il.
Tu sais pourquoi t’es là ?
Ouais, ça se pourrait.
Tu nous racontes ?
Faut voir, j’y gagne quoi ?
Tu y gagnes la vie, si tu parles pas, je passe un coup de fil et tu te retrouve dans la rue avec une pancarte dans le dos avec écrit dessus : Balance. T’es fini.
Oh et puis j’en est rien à foutre, j’ai le cancer, je suis mort dans 6 mois, je vais te la donner ta promotion, je vais tout te dire, mais tu fais sortir tes collègues, j’ai pas besoin qu’on me tienne la main pour discuter, y’a trop de trous du cul au centimètre carré là, on étouffe. Toi et moi, sinon vous allez tous vous faire mettre, toi et tes petites copines.
Le commissaire cède et fait sortir tout le monde, les gars font la gueule, ça fait 4 ans qu’ils sont tous sur le coup, ils auraient bien voulu l’entendre cette histoire.
Je t’écoute.
Je suis né à Angers en 1941, en pleine guerre, à croire que naitre dans la violence on finit pas enfant de cœur. Mes parents étaient des collabos, ils ont balancé tous les juifs de l’immeuble, je pense pas qu’ils aient fait ça par charité nazi, mais par plaisir, ils ont toujours été des moins que rien, ils ont dû se sentir puissants en faisant ça, je sais pas, après la guerre ils ont été fusillés par un commando de résistants à ce qu’on m’a raconté, rien à branler, j’ai aucun souvenir d’eux. J’ai été élevé par ma tante à Paris, là encore j’ai aucune images de cette période, je crois qu’il s’est juste rien passé, du genre page blanche. Bref, je suis resté chez elle jusqu’à mes 18 ans, après je me suis engagé dans l’armée et je suis parti en Algérie. Il fallait que je me casse, et à ce moment là, c’était la seule alternative qui s’offrait aux gars de mon age, tu signais un papier et t’étais catapulté dans le désert avec 500 francs dans les poches. 3 ans à rien faire, j’ai pas tiré une seule cartouche, mais j’ai vu des trucs dégueulasses, pas la peine de vous raconter ça, vous voyez de quoi je parle, corps mutilés, massacres, décapitations et autres drôleries. J’ai été démobilisé en 63, retour en France, j’ai été accueilli par un torrent de silence, personne ne parlait de cette boucherie, on était pourtant des milliers à rentrer et tout le monde en avait rien à foutre. Impossible de trouver un taff, j’ai commencé à monter des petits coups avec des anciens du régiment. Puis j’en ai eu marre de partager, alors j’ai continuer seul. C’est là que monsieur Paul m’a pris sous son aile, il m’a proposé des contrats, il pensait que comme je revenais de l’enfer j’aurai pas peur de voir du sang, voir dans faire couler. J’avais tellement pas un rond que j’ai accepté. J’ai commencé à flinguer des types qui avaient la fâcheuse tendance de pas régler leurs dettes, une balle dans la tête. J’ai fait ça une bonne douzaine de fois. J’y ai pris goût. Puis Paul c’est fait serrer, j’ai dû me mettre au vert quelques temps. Je suis descendu dans le sud, à Marseille, je me suis trouvé un petit boulot sur le marché du vieux port, à porter des cagots toute la journée, et le soir je baisai des thons. Au bout de quelques mois, j’ai reçu un appel me disant que l’affaire s’était tassée et que je pouvais revenir. J’ai tout lâché, sauté dans le premier train et suis retourné à la capitale.
C’est là que tu as commencé avec les putes ?
Ouais, j’avais envie de me diversifier, mais j’ai vite déchanté, quand j’ai débarqué dans ce bizness, la came a noyé tout le quartier, ça arrivait par bateaux entiers, toutes les filles étaient raides défoncées du matin au soir, il a fallu que je les piques. Un matin je les ai toutes flingué, une à une, elles étaient tellement hors de leur corps qu’elles ont même pas bougé, huit d’affilé, pas un cri, c’était surréaliste, j’y ai pris du plaisir. Fais pas ces grands yeux, c’était plus des êtres humains, leurs organismes étaient totalement ravagés par l’héroïne.
C’est pour ca que tu as tué toutes ces filles par la suite ?
Oui, ce jour là je me suis dis que j’allais toutes les libérer. J’ai commencé à arpenter les rues de Paris, et j’ai tué toutes les camées de cette putain de ville. Toutes.
A ton avis pourquoi on t’as choppé sur la dernière, Blanche, pourquoi tu t’es laisser avoir ?
J’ai déconné, je suis tombé amoureux. Elle était belle et douce cette petite, quand je l’ai rencontré elle se déchirait pas la cervelle, mais un soir en rentrant je l’ai vu s’envoyer une ligne de coke, j’ai mis du temps à encaisser, puis j’ai fait ce que j’avais à faire, mais je m’y suis mal pris, avant que j’appuie sur la gâchette elle m’a regardé avec ses grandes mirettes de chat, je l’ai raté, je lui est arraché la moitié du visage, elle a hurlé, les voisins on appelé les flics, le temps que je finisse et revienne à moi, vous étiez là. Et me voila à te raconter ma vie de merde.
Ça t’as soulagé de tout déballer ?
Pas plus que ça, par contre j’irai bien pisser maintenant.
Bon, d’accord, on va faire une pause. Dis moi Lassale, t’as vraiment 3 couilles ?
Ouais. Tu veux les voir ?
Non.
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