Avant de mourir

Salut Johnny,

Je m’appelle Glenn, mais tout les gars ici m’appellent Nipples, en rapport avec ma discussion préférée. Comme tu l’aura remarqué sur le tampon, je suis actuellement incarcéré dans la prison de Folsom en Californie, ça fait 23 ans que j’y vis, ou survis, c’est selon… Je suis pas un des ces types qui crie leur innocence, je ne suis pas victime d’une erreur judiciaire. Je me suis fait attrapé la mains dans le sac en 1944, je tue ma femme. Je regrette rien, c’était une salope qui baisait avec tout le quartier, elle couchait même avec les femmes, c’est pour dire.
Je te tutoie, j’espère que ça te dérange pas, mais ta musique me donne l’impression qu’on est proches, quelque chose de quasiment fraternel. Je passe toutes les après midi à la menuiserie, travail obligatoire, ils passent la radio, et je t’y entends chaques demis heures, ça me permets de me repérer. Tu sais avec tous ces putains de murs infranchissables autour de nous, on perds la notion du temps, au bout de presque 25 années là dedans, y’a que le menu de la cantine qui me rappelle les jours de la semaine et en quelle saison on est.
L’autre jour un maton, Edward, une grande brêle, nous a expliqué que tu faisais des concerts dans les prisons, il a aussi dit que c’était un bon moyen pour toi de te faire du fric sur notre dos, que tu te foutais pas mal de nous et que t’étais un drogué sans intérêt. J’en crois pas un mot, je sais que tu nous comprends, nous les rebuts en cage. Avec ce que tu dégages dans tes chansons, tu peux pas être mauvais, je refuse cette idée.
Dans 3 mois on va me transférer à San Quentin, ils vont me gazer. J’ai été condamné à la peine capitale y’a un quart de siècle et c’est seulement maintenant qu’ils daignent me mettre à mort. J’en ai rien à foutre de mourir, j’ai plus rien à faire sur cette planète, à part des tabourets en bois pour je ne sais qui… Je voudrai juste te voir en vrai, histoire de me prouver à moi même que je t’ai pas imaginé durant tout ce temps. Que tu n’ai pas le fruit de mon imagination, qu’ils n’ont pas réussi à me pousser jusqu’à la schizophrénie. J’aimerai ça avant de mourir.
Hier matin, j’étais dans la cour, je jouais aux dames avec mon pote Little Eye, je l’appelle comme ça parce que il est à moitié débile et que ça se voit sur sa gueule, il a un œil qui dis clairement merde à l’autre. Bref, on jouait et il me dit: Nipples, pourquoi que tu lui écrirais pas à ton Johnny, dis lui ce qu’on vit ici, dis lui de venir nous voir, il nous poussera peut être la chansonnette ! Ce mec est complètement idiot 99 pour cent de la journée, mais comme tous les cons il a des idées, et lui parfois il en a des pas totalement dénuées de raisonnement. C’est pour ça que je joue aux dame avec lui, je peux lui mettre une branlé en 5 minutes comme être face à un champion du monde.
Enfin voila, je t’ai écris. Je ne souhaite pas que tu me répondes, de toute manière ici, le courrier est lu par les gardiens, et je ne voudrai pas avoir à lire une lettre de toi qui aurait été violée par les doigts boudinés et les yeux vicieux d’un enfoiré de surveillant. Si cette lettre te parles, si tu veux venir me voir, fais moi la surprise, mon transfert est pour le 14 janvier 1968.

Je ne te dis pas adieu l’ami, mais à bientôt.

Glenn « Nipples » Thompson, prison de Folsom, 12 octobre 1967.

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