Tu te lèves un matin, la tête endormie, un vague souvenir de la veille, un parfum dans ta bouche te rappelle que tu t’es foutu dans un sale état hier soir, du genre à te bruler une partie de ton âme, du genre à effacer tes souffrances millénaires, du genre à ne plus savoir pourquoi tu en es arrivé là. Tu réalises que quelque chose à changé en toi. Tu as passé une étape, l’escalier qui te paraissait vertigineux, inaccessible, étroit, froid, sombre, est à présent un ascenseur. Tous ce qui t’entoure est revêtu de velours molletonné, plus rien ne peut te blesser, tu te sens en sécurité, à l’abri des traumatismes, des chocs, des chutes, plus rien ne peut t’atteindre, tout parait évident. Les questions sont inutiles, les doutes sont rapidement dissolus dans une respiration, dans un regard, dans un geste de la main, une main que tu as toujours voulu serrer, et qu’à présent tu ne veut plus lâcher, jamais.
La vie est une putain capricieuse, sans pitié, mais parfois elle sais aussi être surprenante, c’est pour cela que tu t’y attaches, que tu y tiens. Elle est capable de te détruire, te broyer, te projeter dans un puits sans fond, dans les abimes de ton esprit, toujours plus profond, à tel point que tu ne t’interroges plus, tu te résignes à mourir, à quitter ce monde qui ne te comprend décidément pas, qui ne veut pas de toi, qui te vomit, et c’est là que la surprise, la révélation, l’instinct apparait, brusquement, sans te prévenir, le trou dans lequel tu te trouves depuis une éternité se mets à trembler, les murs qui l’entoure s’effritent, de la lumière perce à travers les briques qui se détachent une à une, tu es là, muet, tu assistes à la scène au ralenti, tu ne peux y croire, tu protèges encore les quelques bribes d’humanité qu’il te reste encore après cet enfer, mais la vie a soudain décidé de te foutre la paix, alors tu te dois d’ouvrir les yeux, profiter du spectacle, car cette fois ci tu en seras l’acteur, tu pourras t’incarner toi même, tu pourras agir, tu pourras dire, tu pourras penser, tu pourras lui dire, tu pourras lui offrir tes pensées, tu pourras. Tu auras la liberté de vivre le moment présent, de songer tout haut, de crier tes silences, de pleurer tes joies, de rire tes peines. Tout ce chaos que tu auras traversé prendra un sens, tu le verras en face, tu le scruteras de tes yeux grands ouverts, tu seras triste, triste d’avoir été aussi loin, aussi loin dans la destruction, dans la folie, dans le déni. Pour autant, tu ne regretteras pas les causes de tout cela, tu les garderas pour toujours en toi, toujours, car ils sont une partie de toi, que tu le veuilles ou non, si tu l’acceptes tu vivras en paix, sinon la falaise est là, tu n’auras qu’à sauter, mais tout ça c’est fini, tu n’en veux plus, tu as choisi de vivre.
Durant cette nuit là, tu auras arraché une page d’un livre, tu l’auras plié puis lancé par la fenêtre, que cet avion de souvenirs parte au loin, qu’il soit emporté par le vent de la raison. Il ne s’abimera pas en mer, il disparaitra simplement à l’horizon. Un dernier regard. Sans rancunes. Adieu.
Aujourd’hui tu te lèves, tu n’es plus le même, tu es toi. Ton avenir est enfin devant, le présent et le futur ont remplacé le passé et le conditionnel.
Un visage. Un regard. Des lèvres. Une voix. Une respiration. Une main.
Nothing can stop me now.
Nothing.
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