La solitude est un art de survivre. Apprivoiser sa propre personnalité, cohabiter avec son image, se surprendre à parler tout seul. La plupart du temps cette situation n’est pas choisie, elle résulte souvent d’un accident de parcours, d’une sortie de route, d’un événement qui vous a poussé dans un coin. Vous vous réveillez un beau matin et vous n’êtes plus que vous au singulier. Vous n’y étiez pas préparé, on apprend jamais ce genre de chose, on la subit lorsqu’elle vous tombe dessus, soit on tient le coup et on en sort grandi, en survivant, soit on flanche et c’est le grand plongeon du dernier étage. La grande majorité des gens s’en sortent, ils rebondissent vite et se changent les idées comme ils peuvent, jusqu’à l’overdose de distractions, ils se lancent dans une quête, il faut oublier que l’on est seul, il faut voir des choses nouvelles, parler à un maximum de monde, noyer ce vide, remplir ce trou, panser cette plaie béante qui a remplacé ce qui fut jadis un ventre. Cela fonctionne sur l’instant, l’anesthésie fait effet, elle aide, elle accompagne, mais dès lors que les molécules bienfaitrices se dissipent, s’évacuent, la sensation de néant resurgit, elle est dévastatrice, il faut serrer les poings, respirer profondément, se dire que tout ira bien mieux après une bonne nuit de sommeil, mais voilà, il est cinq heure du matin, la nuit est déjà derrière, il faut crier un bon coup, expulser cette rage, cet colère, ce manque, le vomir, qu’il s’en aille, qu’il quitte ce corps qui n’en veut pas, qu’il dégages ce putain de mal être, qu’il disparaisse ce foutu parasite. Avec le temps il s’est familiarisé, il s’est affiné, plus vicieux, plus sournois, comme une bactérie qui serait devenue invulnérable aux antibiotiques. Pas le choix, il faut vivre avec, coûte que coûte, ne pas baisser la tête, se battre, le match de boxe devant le miroir, une lutte permanente entre les éclats de rire quand tout va bien et les sanglots quand tout ce qui vous entoure n’est plus que noirceur et perdition. Il faut découvrir en soi des dons de jongleur, il faut puiser dans des forces encore inconnues, faire jaillir la confiance, imaginer la minutes d’après, puis l’heure, puis la journée, puis la suite, car aujourd’hui tu souffres, mais demain tu seras peut être vivant, c’est le principal défi à relever, croire que demain tu iras mieux, c’est ça qui t’aidera à te lever, c’est ça qui t’aidera à te regarder dans la glace, c’est ça qui t’aidera à ne pas replonger dans la came, c’est ça qui t’aidera à ne pas sauter par la fenêtre, c’est ça qui t’aidera à voir ceux qui t’aiment, c’est ça qui t’aidera, il faut il croire, sinon tu ne tiendras jamais, tu le prendras le mur, et à la vitesse où tu vas, tu seras écrasé, broyé, réduis en poussière.
La vie ne te fait pas de cadeaux, elle te fait un grand sourire puis te crache à la gueule, elle t’embrasse puis te gifle, laisses la faire, elle se lassera, à un moment ou à un autre, elle se dira que tu ne veux pas mourir, que tu ne cèderas pas à son petit jeu, que finalement tu n’es peut être pas la proie idéale, elle partira, elle ira chasser ailleurs, ce jour là tu te sentira mieux, tes croyances, tes espoirs, tes rêves, tout cela se réveillera, ton cœur se remettra en marche, tu enfileras ton propre costume, tu jetteras le masque de souffrance aux oubliettes, tu jetteras les oubliettes dans un puits sans fond, tu cèleras le puits sans fond, puis tu cracheras sur cette tombe d’angoisses, le tunnel sera franchi, le soleil que tu trouveras au bout sera bouleversant, bienveillant, espéré.
Alors continues, tu as encore du chemin à faire, seul le temps et ses surprises, les rencontres et tes actes te diront la distance qu’il te reste encore à parcourir, tu peux franchir un grand cap demain à ton réveil comme airer encore des mois ou des années, tu sais que la patience est la clé, tiens le coup, tu en vaut la peine, tu sais que à l’intérieur de toi, tu renfermes une quantité extraordinaire des choses à offrir, à partager. Après tout, tu ne demandes qu’à vivre, à aimer et à être aimé en retour, tu ne demandes pas l’impossible, soit patient mon pote, soit attentif mais pas trop, laisses toi aller, cours, marches, rampes si il le faut, progresses à ton rythme, l’essentiel c’est de rester en mouvement.
On se remet de tout, même du pire.
On se remet de tout, même de la solitude.
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